Détecteurs de fumée radioactifs

 

1. Comment savoir si un détecteur de fumée est radioactif ?

Il existe plusieurs modèles de détecteurs de fumée. Pour donner l’alerte il faut que la fumée modifie le flux des rayons émis par une source vers un détecteur.
Le système classique comprend donc une source de lumière et un récepteur. Quand le faisceau est atténué par de la fumée, l’alerte est lancée. On appelle ces appareils des détecteurs optiques.

Le système qui nous préoccupe utilise une source radioactive émettrice de rayonnements alpha. Ces rayonnements sont constitués de particules chargées d’électricité qui vont ioniser l’air tout au long de leur trajectoire.  Les poussières de fumée vont modifier la répartition des charges dans l’espace concerné ce qui va déclencher l’alarme. On parle alors de DFCI (détecteur de fumée à chambre ionique).

La source radioactive est le plus souvent de l’américium241 (noté Am 241), un radionucléide qui émet des rayonnements alpha et gamma et dont la période radioactive (ou durée de demi-vie) est de 432 ans. D’autres radioéléments ont aussi été utilisés comme le radium 226 (Ra226), également émetteur alpha-gamma.

Le rayonnement gamma peut être détecté avec un compteur Geiger. En plaçant le compteur  au contact du détecteur de fumée, il est donc possible de vérifier s’il contient une source radioactive d’Am241 ou de Ra226.

Si vous n’avez pas d’appareil, vérifiez les mentions au dos du détecteur de fumée (l’information n’est malheureusement pas visible quand l’appareil est en place). Si une source radioactive est en place, vous devriez y trouver le symbole de la radioactivité (voir le trisecteur ci-dessous), ainsi que l’identité du radionucléide utilisé (Am241) et son activité exprimée en becquerels (Bq). Elle est typiquement de 20 000 Bq. Vous pouvez également trouver l’activité exprimée en microCurie (µCi), l’ancienne unité de mesure de la radioactivité (1 µCi = 37 000 Bq)


Nos recherches ont toutefois prouvé que certains modèles ne présentent aucune information apparente. C’est lors de l’ouverture du boîtier (par exemple pour changer la pile) que l’utilisateur risque de découvrir le problème. Sur l’exemple reproduit ci-dessous, on peut également constater qu’il n’y a pas de logement séparé pour la pile. Quand on ouvre le boîtier pour procéder au changement, on a un accès direct à la chambre de détection.  Le port de gants est donc fortement recommandé, en particulier sur des appareils anciens.  


http://www.cpmac.com/plasplugs/index.php3

2. Détecteurs de fumée radioactifs : combien, où, jusqu’à quand ?

Les autorités estiment qu’environ 7 millions de DFCI ont été installés sur environ 300 000 sites, soit une moyenne de 23 détecteurs par site. C’est que les détecteurs radioactifs étaient avant tout conçus pour des usages en environnement professionnel : dans les établissements publics, sur les lieux de travail, dans l’habitat collectif, etc. Dans les bâtiments concernés, les détecteurs de fumée, souvent radioactifs, sont nombreux et généralement reliés à un système d’alarme incendie.

Il existe également des détecteurs autonomes : alimentés par une pile, ils produisent eux-mêmes le signal sonore d’alerte. On parle alors de DAAF : détecteur avertisseur autonome de fumée. Ces systèmes sont évidemment privilégiés dans l’habitat individuel, les logements privés. Dans ce cas, vu les prescriptions réglementaires, le système de détection devrait être optique ou thermique plutôt qu’ionique. Le décret 66-450 du 20-06-1966 interdisait en effet l’ajout de substances radioactives dans les produits à usage domestique (à l’intérieur des maisons).

Nos recherches ont malheureusement permis de vérifier que des détecteurs radioactifs étaient bel et bien en vente libre, disponible à l’achat sur les rayonnages de certains grands magasins (sans parler des ventes via Internet). L’interdiction de 1966 n’ayant pas été strictement appliquée, il est donc possible de trouver des DFCI au domicile de certains particuliers.

En 2002, l’interdiction a été reprise et sa portée élargie. L’article R 1333-2 du Code de la Santé publique  dispose en effet qu’il est « interdit d’ajouter volontairement de la radioactivité dans les matériaux de construction et les biens de consommation ». L’ajout de cette clause était l’aboutissement d’un long combat de la CRIIRAD : voir la campagne de 1999  « contre l’ajout de substances radioactives dans les biens de consommation et les matériaux de construction » sur notre site : http://www.criirad.org/mobilisation/synthese_5mai2009.html

Passé 2002, les DFCI auraient dû être rapidement interdits mais les années ont passé et rien n’a été fait.  Pire, en 2009, un arrêté a fixé des conditions assez laxistes permettant d’obtenir des dérogations à l’interdiction. Certains fabricants étaient peut-être disposés à déposer un dossier de demande de dérogation mais l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) a fini par réagir et a engagé un processus d’interdiction, puis de retrait de l’ensemble des détecteurs radioactifs. Le discours est clair : il existe des solutions alternatives aux DFCI et elles doivent donc être privilégiées conformément aux principes de base de la radioprotection.

Voir : http://www.hctisn.fr/IMG/pdf/note_presentation_asn_dfci_cle774062.pdf
Mais le traitement du problème va être très progressif : l’arrêté du 18 novembre 2011 définit les conditions de dérogation à l'interdiction stipulée par l’article R. 1333-2 du code de la santé publique. Les nouvelles installations ne peuvent pas en bénéficier mais des dérogations sont accordées aux installations existantes (voire les extensions d’installations existantes) pour des délais allant de 2 à 10 ans ( !)

http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000024908599&dateTexte=&categorieLien=id
L’interdiction étant désormais planifiée, se pose la question de la récupération des appareils radioactifs. Mais il faut d’abord les recenser ! Chaque détenteur de DFCI devait  faire une déclaration de détention auprès de l’ASN. La date butoir était fixée au 31-12-2014.
Selon le calendrier établi par l’ASN, la récupération de l’ensemble des appareils devrait être effective en 2017 mais un délai supplémentaire (2021) est toléré pour les cas particuliers.
Le dossier avance donc…  mais lentement. De plus, si la vente de détecteurs radioactifs est interdite en France depuis 2011, ce n’est pas le cas dans des pays voisins :

On trouve par exemple, sur internet, fabriqué en GB : http://www.toollineuk.com/search.php?search=smoke+alarm
Ou bien sur e-bay :

 3. Comment puis-je me débarrasser de détecteurs de fumée radioactifs ?

Surtout ne les laissez pas trainer sans surveillance, ne les mettez pas à la poubelle ni à la déchetterie, ne les jetez pas au feu, ni dans la nature …. Faites un effort pour les éliminer correctement.

Du fait de leur activité, ces appareils doivent faire l’objet de précautions spéciales. Pour les démonter, les transporter, il faut être habilité. Pour les éliminer, il faut donc faire appel à une entreprise agrémentée ASN. Nous en avons répertorié 3 ou 4 (voir par exemple : http://www.qualityenvironnement.com/).
Les coûts sont typiquement de 25 € HT par détecteur et 95 € HT pour le transport (forfait jusqu’à 150 unités).

Mais si vous êtes un particulier, est-ce à vous de payer ?
Si votre logement est équipé d’un détecteur de fumée radioactif, c’est qu’il y a eu dysfonctionnement
1/ du côté de l’entreprise qui l’a fabriqué ou commercialisé et qui n’a pas respecté la règlementation,
2/ du côté de l’Etat qui n’a pas fait respecter l’interdiction. Il n’est donc pas légitime que ce soit le consommateur qui en assume les conséquences y compris financières.

Si vous êtes confronté à  ce problème, il  serait opportun de faire un courrier  à l’ASN et à l’Andra, pour demander une prise en charge totalement gratuite (et faire une copie à la CRIIRAD de vos démarches).
L’élimination définitive des sources radioactives est confiée à l’ANDRA. Deux options : récupération de la matière radioactive pour reconditionnement et fabrication de nouvelles sources radioactives industrielles, ou stockage définitif comme déchet.

Quelques liens pour en savoir plus :

http://www.asn.fr/Informer/Actualites/L-ASN-reglemente-le-retrait-des-detecteurs-ioniques-de-fumee
http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000025510248
http://www.preventica.com/actu-enbref-detecteur-fumee-ionique-3060112.php

RD - 5/03/2015